On comprend facilement que, s’il n’y a pas d’éternel retour, l'infinité du temps est négatrice de toute réalité : si le temps est infini, rien ne peut exister, puisque tout ce qui est a déjà dû exister. S’il n’y a pas répétition, rien ne peut « être » puisque tout a « déjà » dû être dans un passé infiniment éloigné. Comment imaginer que ceci ou cela soit maintenant, puisque ce « maintenant » a nécessairement déjà dû exister en un passé qu’on peut toujours reculer à l’infini : le « maintenant » est happé par l’infini du passé. On pourrait dire que l’infini du passé, à l’instar d’un trou noir, est un « temps noir » qui empêche le « maintenant » de surgir, de s’en échapper. Et sans « maintenant », il n’est plus de réalité qui s’installe, ni d’éternité vraie qui vaille.

Par contre, dès lors que l'infinité du temps est conçue en association avec l’éternel retour, la difficulté disparaît. Le « maintenant », parce qu’il se renouvelle éternellement, peut demeurer inclus dans l’infini temporel. Le temps peut réellement être dit infini. (p.58, § 19)