A partir de là, il se conçoit aisément de réunir tous ces instants, qui se répètent éternellement à l’identique, pour former ce qu’on pourrait appeler un « quantum » d’éternité.  C’est-à-dire que, plutôt que de considérer chacun de nos instants comme disposés longitudinalement, chacun étant séparé de son retour à l’identique par toute la durée de notre existence et par toute la durée de l'univers qui entoure, enrobe, emballe notre existence (a fortiori par la durée de tous les innombrables autres univers intercalaires entre chaque résurgence de notre univers), il faut considérer chacun de nos instants, qui, empilés les uns au-dessus des autres, se coagulent et ne forment plus qu’un, comme éternels d'emblée, quoique fugaces par définition.

C’est-à-dire qu’on fait se fondre ensemble, par-delà l’immensité des temps (ou méta-temps) qui les sépare, les instants identiques et éternellement renouvelés d’une existence, pour n’en faire qu’un seul, d’emblée éternel. Filant la métaphore du fondeur, on peut dire de ces périodes immenses qui, dans le multivers en éternel renouvellement, séparent chaque instant identique, qu’elles sont comme la masse d’impureté incluse dans un minerai – la gangue – que l’artisan sépare du métal lors de la fonte.

Ces instants fusionnés forment comme un grain d’éternité, laquelle éternité ne doit plus être comprise comme une longue et interminable répétition, mais comme une « substance » éternelle, sans avant, ni après, quoique intrinsèquement temporelle.

En conséquence, il nous faut comprendre nos existences comme l’association de ces grains d’éternité en un bloc, qui ne peut être qu’éternel. Nous sommes faits d’éternité. (p.57, §17)