On aura reconnu chez Blanqui l'argument que Friedrich Nietzsche reprendra à peu près dans les mêmes termes. L’originalité de Nietzsche est d'apporter à l’idée d'éternel retour une note existentielle et profondément pathétique. S’il n’est pas certain qu’il y ait cru, du moins a-t-il vécu au plus profond de sa personne cette possibilité d’un éternel retour du même – pensée qui est venue consolider sa nouvelle morale. On ne peut éviter de citer le célébrissime paragraphe extrait du « Gai savoir », intitulé « Le poids le plus lourd ». 

« - Et si, un jour ou une nuit, un démon venait se glisser dans ta suprême solitude et te disait : « Cette existence, telle que tu la mènes, et l'as menée jusqu'ici, il te faudra la recommencer et la recommencer sans cesse ; sans rien de nouveau ; tout au contraire ! La moindre douleur, le moindre plaisir, la moindre pensée, le moindre soupir, tout de ta vie reviendra encore, tout ce qu'il y a en elle d'indiciblement grand et d'indiciblement petit, tout reviendra, et reviendra dans le même ordre, suivant la même impitoyable succession... cette araignée reviendra aussi, ce clair de lune entre les arbres, et cet instant, et moi aussi ! L'éternel sablier de la vie sera retourné sans répit, et toi avec, poussière infime des poussières ! » ... Ne te jetterais-tu pas à terre, grinçant des dents et maudissant ce démon ? A moins que tu n'aies déjà vécu un instant prodigieux où tu lui répondrais : « Tu es un dieu ; je n'ai jamais ouï nulle parole aussi divine ! » (p. 48, § 14)