Plus près de nous, l'idée de l'éternel retour fut réactivée au dix-neuvième siècle par Auguste Blanqui (qui, en plus de ses activités de révolutionnaire, s’était intéressé à l’astronomie). Il mérite lui aussi d'être cité.

Tout astre, quel qu'il soit, existe donc en nombre infini dans le temps et dans l'espace, non pas seulement sous l'un de ses aspects, mais tel qu'il se trouve à chacune des secondes de sa durée, depuis la naissance jusqu'à la mort.  Tous les êtres répartis à sa surface, grands ou petits, vivants ou inanimés, partagent le privilège de cette pérennité.

La terre est l'un de ces astres. Tout être humain est donc éternel dans chacune des secondes de son existence. Ce que j'écris en ce moment dans un cachot du fort du Taureau, je l'ai écrit et je l'écrirai pendant l'éternité, sur une table, avec une plume, sous des habits, dans des circonstances toutes semblables. Ainsi de chacun.

Toutes ces terres s'abîment, l'une après l'autre, dans les flammes rénovatrices, pour en renaître et y retomber encore, écoulement monotone d'un sablier qui se retourne et se vide éternellement lui-même. C'est du nouveau toujours vieux, et du vieux toujours nouveau. (...)

Le nombre de nos sosies est infini dans le temps et dans l'espace. (...) Ces sosies sont en chair et en os, voire en pantalon et paletot, en crinoline et en chignon. Ce ne sont point là des fantômes, c'est de l'actualité éternisée. (Blanqui, L'Eternité par les astres, hypothèse astronomique. Résumé. Paris, Librairie Germer Baillière, 1872.)

Le système de Blanqui se situe à mi-chemin entre celui des Stoïciens et les théories cosmologiques contemporaines. (p. 47, § 14)