L'éternel retour du même est une idée très ancienne, réitérée à de nombreuses reprises au long de l'histoire de la pensée humaine. Dans sa forme primitive, elle affirmait que notre univers se détruira un jour (« ekpurosis » en grec ancien) pour renaître, et cela une infinité de fois dans l'infinité du temps.

Cette idée était fort prisée dans la Grèce antique. Elle était au cœur de la physique des Stoïciens. Il est probable que les Grecs l’avaient empruntée aux Babyloniens – observateurs attentifs des astres. Dans la conception de l’époque, ce n'est pas la totalité de l’univers qui s’anéantit avant de réapparaître, mais seulement notre monde terrestre, dit sublunaire, puisque tout ce qui est au-delà de la lune est considéré comme divin, donc immuable. Les astres, auxquels, selon la science d’alors, appartiennent les planètes de notre système solaire, y poursuivent éternellement leur mouvement. C’est précisément au cours de leur périple sans fin qu’ils occasionnent, lors de conjonctions particulières, l'ekpurosis.

 Les Stoïciens prétendent que, lorsqu'après une certaine période de temps, les planètes reviennent toutes exactement, soit en longueur, soit en hauteur, au point du ciel où elles étaient au commencement du monde, il en résulte l'embrasement et la destruction de l'univers, et qu'ensuite tout recommence de nouveau. Or, comme le cours des astres est exactement le même qu'auparavant, toutes les choses qui ont eu lieu dans la période précédente se passent encore de la même manière. Ainsi l'on verra reparaître Socrate, Platon, et les autres hommes avec leurs mêmes amis, et leurs mêmes concitoyens : tous auront de nouveau les mêmes pensées, tous feront encore les mêmes choses ; les villes, les bourgades, et les champs redeviendront ce qu'ils ont été. Il n'y aura rien de différent par rapport à ce qui s'était produit auparavant, mais toutes choses seront exactement pareilles, même jusqu'aux détails les plus infimes... Les Stoïciens ajoutent que cette rénovation de l'univers n'arrive pas une fois seulement, mais plusieurs fois, et même qu'elle se répète constamment et sans fin. (Nemesius, De la nature de l’homme. ~ 400 ap. J.-C.)

De pareilles conceptions de fin de monde, suivie de son renouveau, se retrouvent dans d’autres religions ou systèmes de pensée. (p. 46, §14)